Développement de la fonction de MEDIATION SOCIALE
A
partir de l’évaluation du dispositif mis en place dans le cadre
du
Contrat de Plan Etat/Région (CPER) 1994 - 1999
par Jean-Claude JACQUINET, Conseiller technique du CREAI
1 - La médiation sociale, nouvelle façon de traiter la question sociale ? …
La médiation est à la mode. Son développement vient répondre à ce qui marque notre vie sociale : le relâchement, voire l’absence des liens sociaux qui marquaient l’organisation sociale, la désaffiliation, le vide, …. Les choses ne se nouent plus de façon aussi « naturelle », au point où le recours à un tiers s’avère être une nécessité dans de nombreuses situations. La métaphore du lien social sert commodément à désigner ces ruptures, mais ce sont avant tout des ruptures symboliques. Elles touchent à l’existence des individus comme sujets, c’est-à-dire leur capacité à donner du sens au monde dans lequel ils vivent, et donc aussi leur capacité a y agir[1].
Les institutions, dites intermédiaires, qui réalisaient ce travail de liaison, de socialisation, de structuration de la loi, ne semblent plus jouer leur rôle. Hier, au milieu du XXème siècle, il suffisait de socialiser, au nom de valeurs identifiées et de normes lisibles, d’éduquer, voire de rééduquer pour les plus récalcitrants des jeunes dits inadaptés, afin de les faire sortir d’une marge repérable. Puis plus récemment, est apparue la nécessité d’insertion, afin de répondre au processus de déliaison dans lequel des populations toujours plus vastes sont engagées. Le terme « jeunes en difficulté » est venu nommer cette classe d’âge (jusqu’à 25 ans), floue dans sa définition, englobant les difficultés de la jeunesse en mal de statut, et des jeunes qui au regard de la clinique manifestent des perturbations plus ou moins graves, classe la plus sujette au risque d’exclusion.
Mais il ne s’agit plus aujourd’hui seulement d’identifier des populations à risque et de réparer les dégâts d’un développement économique et social. C’est l’organisation même de notre société, ses valeurs et ses normes, ses lois et ses principes d’organisation qui sont interrogés. Et le travail social (aujourd’hui l’intervention sociale …) ne peut pas échapper à ces évolutions : droit de l’usager et citoyenneté, territoire et démocratie, partenariat et réseau, qualité et culture de l’évaluation, etc, sont autant d’approches qui nomment ce renouvellement et révèlent la pauvreté des énoncés politiques sur le social[2]. Elles sont les constituants des réponses sociales. C’est aujourd’hui en terme de développement social, où s’articulent central et local, et non plus seulement en terme de réparation individuelle que se posent les enjeux.
La médiation, du latin médiator et médiare, signifie interposer. Ce terme a été principalement employé pour indiquer une interposition offerte, voire imposée, à deux belligérants. C’est donc dans le champ des techniques de résolution de conflits que ce mot « médiation » s’est naturellement développé à partir d’une fonction de tiers. La médiation est un processus souvent formel par lequel le tiers tente, à travers l’organisation d’échanges entre les parties, de permettre à celles-ci de confronter leurs points de vue et de rechercher une solution[3].
Cette définition, centrée sur cette logique de résolution de conflits, trouve son application dans le cadre de la médiation pénale ou familiale. Sans pourtant s’y soustraire totalement, la médiation sociale se définit dans un espace plus ouvert. La médiation sociale se présente ici comme un mode renouvelé de régulation sociale. Devant le constat de crise de diverses institutions de régulation sociale (éclatement du modèle familial, missions de l’école, nouveaux rapports au travail, relations Etat/citoyens, engorgement de la justice, …), il s’agit de contribuer à l’établissement et au développement de liens, de (re)tisser des liens de proximité, d’organiser de façon continue des procédures de régulations sociales. L’idée forte est de permettre une (ré)appropriation des éléments de la situation, avant que le conflit n’apparaisse, par les acteurs eux-mêmes ; une des questions étant de savoir en quoi cette position peut participer d’une transformation sociale ! …
Le CREAI, depuis de nombreuses années, développe avec le champ de la jeunesse et de l’Education populaire, comme avec celui de l’insertion, des liens de collaboration. En effet, les évolutions des politiques sociales montrent que des champs d’activité historiquement issus de logiques différentes partagent aujourd’hui des modes de lecture et d’intervention : valeurs communes, populations proches, objectifs de socialisation comparables et complémentaires, territoires d’intervention communs, dispositifs partagés, etc. Entre l’Education populaire et l’Education spécialisée se développe un espace d’intervention articulable en de nombreux points. La fonction de médiation sociale, développée par des professionnels de l’éducation populaire et de l’animation, est un des terrains où, au-delà des rivalités corporatives, se dessine une continuité dans les interventions des professionnels de chaque secteur.
C’est l’enjeu qu’est venu pointer ce dispositif singulier de médiation sociale en Bourgogne. En effet, la médiation s’est largement répandue ces dernières années dans des postes qui n’ont pas toujours été l’occasion d’une définition approfondie, et où l’étiquette « médiation » a été mise en avant sans une définition préalable et sérieuse des postes (l’exemple de postes de médiateurs implantés dans le cadre du dispositif « nouveaux services – nouveaux emplois » illustre de façon patente ce fait). En revanche, l’évaluation de ce dispositif a permis de mettre l’accent sur la démarche qualitative de réflexion, d’analyse et de définition, de la fonction de médiation sociale. Cette réflexion initiale, marquée par une étape de recherche/action, a permis de créer les conditions locales de qualité afin d’implanter ce dispositif[4].
2 - Définition d’une politique de la jeunesse au plan régional : un dispositif de Médiateurs Sociaux (Contrat de Plan Etat/Région 1994 – 1999).
Depuis 1994, le CREAI a été associé à la démarche réalisée par la commission régionale du FONJEP[5] et qui a abouti à la mise en place des 43 postes de médiateurs sociaux dans le cadre du Contrat de Plan Etat/Région (CPER) 1994–1999. L’Etat (Direction régionale et départementale de la Jeunesse et des Sports) souhaitait un travail d’évaluation du dispositif, basé sur l’exploitation des documents produits au cours de l’étude initiale depuis 1992, ceux produits par le colloque régional de 1995, ainsi que par la mise en place et les bilans des postes, réalisés en 1996 et 1998. Aucune autre investigation actuelle n’était demandée hormis quelques entretiens de divers acteurs du dispositif[6].
L’étude effectuée par le CREAI met en évidence la dynamique lancée par la commission régionale du FONJEP sur la question de la demande des jeunes en Bourgogne, et plus spécifiquement de la jeunesse en difficulté. La médiation sociale s’est définie sur le constat de l’épuisement ou de la perte de la cohérence sociale, et de la dissolution des formes de socialisation de la jeunesse. Cette initiative a su intéresser et impliquer de nombreux acteurs administratifs et décideurs politiques, ce qui a contribué à la définition d’une politique de la jeunesse au plan régional.
2.1 - A l’origine de cette démarche, plusieurs constats…
Cette recherche-action, réalisée à l’origine du processus par Dominique BONDU, sociologue, a permis de formuler quelques constats que l’on peut évoquer rapidement.
Au
plan général, constat des difficultés « d’insertion » qui caractérisent un cinquième
des jeunes en Bourgogne. Conséquences sur des populations, mais également
sur des territoires entiers (zones rurales enclavées, quartiers urbains
disqualifiés,...). Affaiblissement, voire disparition des interactions entre le
monde des adultes et celui des jeunes (transmissions culturelles, apprentissages
sociaux et professionnels,...) au point où la distance
sociale se creuse entre les générations.
A
propos de la jeunesse, un mal être
social croissant d’un nombre de jeunes exclus de tout cadre
institutionnel. Une distance sociale entre adultes et jeunes. Une désaffection
toujours plus grande des structures d’accueil jeunes, des équipements. Un détournement
des jeunes de l’offre instituée. Un nombre important de jeunes qui ne
sont pas porteurs d’une demande sociale. Mais également le constat critique
des dispositifs qui se juxtaposent et des interventions sectorielles et spécialisées
qui empêchent une approche globale
des questions de la jeunesse.
Le centrage sur les jeunes en difficulté comme
miroir des questions de la jeunesse marque bien le changement de lecture,
l’écart opéré, afin de considérer les jeunes disqualifiés comme révélateurs,
analyseurs de la perte d’une cohérence sociale et de la dissolution des
formes habituelles de socialisation. A la fin de cette étude, se dessinent les
axes d’analyse et d’action qui vont aboutir à la définition de la médiation
sociale. Les propositions formulées en fin de rapport se structurent autour des
axes suivants :
· Sortir d’une approche sectorielle et ponctuelle des questions de la jeunesse, et travailler selon les principes de la globalité, de transversalité et de durée.
·
Les ruptures
sociales constatées ont leurs origines, à la fois dans les dysfonctionnements
de la société française englobante,
et dans les carences spécifiques de la
vie locale.
·
Afin de dépasser la distance
constatée entre les jeunes et les institutions, en finir avec une logique de
l’offre et de la demande, et développer une logique « d’aller-vers »
par un mouvement « hors
les murs ».
·
Développer le travail
en réseau dans une prise en compte du territoire et des pratiques
d’accompagnement.
·
Déployer une nouvelle
professionnalité de l’éducateur/animateur, en particulier autour de
cette notion « d’accoucheur
d’hommes ».
La
médiation sociale met l’accent sur le développement de deux axes
d’intervention complémentaires, territorialisés, en sortant
de cette logique d’offre/demande :
·
Une fonction tournée vers le jeune, privilégiant l’écoute,
l’accompagnement, la relation interpersonnelle, et visant à placer le jeune
dans une nouvelle dynamique personnelle, individuelle et collective
Une
fonction tournée vers l’environnement
local, visant à sortir le jeune de son « enfermement »
physique, mental et social ; pour ce faire, il s’agit de susciter et de
mobiliser les ressources locales (économiques, sociales, politiques, sportives,
et culturelles) et de favoriser leur mise en réseau pour une meilleure relation
avec les jeunes.
2.2
- Profession « médiateur social » ou fonction de médiation ?
….
Dès
la mise en œuvre du processus de recherche sur cette notion de médiation
sociale, des voix se sont fait entendre afin d’appuyer sur le fait que si
elles souscrivaient à l’analyse réalisée sur la situation de la jeunesse,
la professionnalisation de la médiation sociale apparaissait problématique.
Des acteurs de la Prévention Spécialisée, associés aux travaux de la
commission régionale, ont fait remarquer que les recommandations préconisées
par l’étude étaient forts proches des principes d’actions qui définissent la spécificité
des méthodes de la Prévention Spécialisée (définies par l’arrêté de
Juillet 1972). Approche globale, action
territoriale non sectorielle, présence sociale de proximité, appui sur des réseaux,
publics non captifs, promotion des micros-lieux, etc, … apparaissent comme
autant de principes d’action mis en œuvre par la Prévention Spécialisée.
Par une position d’entre-deux, ce
type de réponse se reconnaît dans la définition de la médiation sociale.
Or, dans un contexte de déqualification des professions du social, de raréfaction
des financements publics … l’irruption de nouveaux acteurs pouvait légitimement
inquiéter les professionnels du social. On
peut s’interroger quand on constate sur certains sites la disparition d’équipes
de professionnels, et que l’on voit surgir, quelques temps après, des
demandes de postes de médiateurs sociaux.
Derrière
cette critique de voir émerger, après « développeur, coordinateur »
et autre « nouvelle profession », des intervenants qualifiés de médiateurs
sociaux, se lit le risque de voir se développer des professions répondant à
des besoins ponctuels identifiés par les décideurs. La nouveauté aidant[7],
la réponse apparaît comme la panacée aux problèmes de société, où ces
nouveaux intervenants sont censés apporter les réponses que les acteurs précédents
n’ont pu apporter. L’histoire du Travail Social est ponctuée de ces créations
d’intervenants qui organisent un traitement segmenté des questions sociales
et ont pour conséquence une « balkanisation » des professions
sociales. En fait, le sentiment massivement partagé était que les médiateurs (souvent
dénommés animateur-médiateur ou éducateur-médiateur) ne constituent pas une nouvelle profession, et que la mise en avant
de ces nouveaux professionnels ne doit pas éviter la définition d’une véritable
politique sociale (CREAI 1995)[8].
La
médiation sociale ne constitue donc pas une nouvelle profession, et
encore moins un nouveau métier, mais se définit comme une fonction
complexe, transversale, présente dans de nombreux
champs professionnels d’intervenants auprès de la jeunesse :
animation, éducation, insertion, travail social, développement local, …
2.3
– Quelques éclairages sur le dispositif …
Dans
le dispositif observé, les territoires
d’implantation des postes recouvrent l’ensemble des situations présentes
en Bourgogne : certains quartiers des
agglomérations urbaines (6 postes) et des petites villes de Bourgogne (8), des territoires
communaux, périphériques des centres des agglomérations (6) ou ouverts
sur un environnement rural (7), des territoires
autres comme les cantons en milieu rural, des bassins d’emploi et des postes départementaux
(6).
Les employeurs
des médiateurs sont, soit des collectivités territoriales (villes,
communes) et des établissements publics (CCAS, SIVOM) (22 postes), soit des
associations (21 postes). L’aide à l’implantation de 50 000 F était apportée,
soit par l’Etat (dans le cadre de la politique de la ville), soit par la Région
(souvent pour les postes plus ruraux).
Les médiateurs en
poste (43 créations), dans 3 cas sur 4 sont des hommes,
proportion inversée du taux de féminisation dans le secteur médico-social
(65%). L’âge moyen est situé entre 29
et 30 ans, c’est-à-dire un âge qui caractérise des personnes ayant une
certaine maturité ; ce qui, dans la définition de la fonction de médiation
sociale, apparaît être une condition. La fonction « d’accoucheurs
d’hommes », avancée dans l’étude préalable, demande en effet des
personnalités ayant une « histoire », une expérience non seulement
professionnelle mais personnelle, humaine, voire citoyenne, qui permet
d’occuper une posture d’adulte, à la fois impliqué et distant dans le jeu
relationnel ; tant d’ailleurs avec les jeunes et groupes de jeunes, qu’avec
les partenaires. Certes, l’âge ne garantit pas complètement cette posture,
mais en est une des dimensions. L’analyse des parcours scolaires fait état
d’un bon niveau d’études (80 %
niveau BAC, et 50% niveau BAC + 2). Les diplômes
professionnels repérés (DEFA, BEATEP, BEESAPT …), le sont principalement
dans le champ de l’animation, générale et sportive (70 %). On note la
présence de quelques diplômes du secteur médico-social (DE d’Educateur spécialisé
ou CESF). Les personnes font état de nombreuses expériences antérieures
à l’occupation de leur poste, dans le champ de l’animation (essentiellement
dans des structures de loisirs jeunes), de l’insertion sociale et
professionnelle (Mission locale ou organisme de formation), du social (dans un
établissement médico-social, secteur du handicap ou en Prévention spécialisée)
et de la politique de la ville (activité périscolaire, en particulier dans le
cadre du service national jeune). La majorité des postes aidés a été pérennisée,
au moins à court terme (3 ans), souvent par des financements communaux.
Ces
trois composantes évoquées ci-dessus apparaissent bien comme les constituants
en interaction permanente de la fonction de médiation sociale, à savoir :
1.
Le territoire considéré, avec ses caractéristiques propres mises à
plat lors d’une phase diagnostic, sa population, ses ressources en dispositifs
et moyens humains, ses dynamiques sociales, citoyennes et associatives, …
2.
Le porteur de projet, créateur du poste et employeur du médiateur
social, qui inscrit cette mission dans un projet politique communal ou
associatif.
Ces
deux premières dimensions font apparaître l’importance d’un projet
éducatif local, afin de mettre en œuvre les projets et en complémentarité
les divers acteurs socio-éducatifs.
3.
Le médiateur, identifié par une
compétence personnelle, sociale et professionnelle, définie sur trois axes :
- La connaissance, marquée par le niveau de culture et de formation générale et professionnelle initiale et continue
- L’expérience, forgée par des situations antérieures, et liée à la connaissance du terrain et des lieux spécifiques de l’intervention, celle des populations et des jeunes.
-
« la
personnalité » : c’est
une dimension plus subjective qui apparaît dans l’analyse des discours et qui
renvoie au savoir-être. Constituée de la motivation, la disponibilité,
l’implication de la personne, de son aptitude à entrer en relation, de sa
capacité à vivre des situations conflictuelles, etc.
De l’avis des
professionnels encadrant les actions de formation, il y a tout lieu de penser
que c’est dans un subtil équilibre entre ces diverses composantes, inscrites
dans la durée (certains parlent d’alchimie !) que réside la conduite réussie,
(l’art…) de la médiation sociale.
Ainsi cet espace de la Médiation sociale peut être représenté comme suit :

Médiation
sociale et dispositif « nouveaux services – nouveaux emplois »
L’embauche d’«emplois-jeunes» sur des postes dits «de médiation»,
sur les territoires du dispositif à partir de 1998, est venue renforcer et
faire évoluer le dispositif de médiation sociale originel. Une étude régionale
réalisée en 1999 montre qu’entre 37 et 55 % des postes «emploi-jeune»
(selon la classification du CNASEA retenue) ont un lien direct avec une
fonction sociale et de médiation.
L’émergence des «emploi-jeune» dans le champ de l’intervention
sociale vient reposer la question des professionnalités «nouvelles», dont
la médiation sociale représente une des formulations la plus structurée et
aboutie (au moins dans le dispositif qui nous occupe ici). Les réponses
apportées aux besoins émergents ou non
satisfaits prennent le risque, lorsque les conditions ne sont pas réunies,
de voir se développer une logique de substitution. Le recrutement d’«emploi-jeune»
pour occuper des fonctions sociales, en particulier de professionnels du
travail social et de médiation sociale, peut induire une définition floue de
l’intervention sociale. Le secteur social n’est pas exempt de ce type de dérive.
Pourtant, un des effets de la mise en place du dispositif «Nouveaux services - emploi-jeune» est le renforcement dans certains territoires d’une fonction de médiation[9]. En effet, le recrutement de médiateurs pousse à la structuration, voire à l’institutionnalisation de la médiation sous forme de véritables services de médiation. Ainsi, à la lecture des rapports d’évaluation de 1998, les médiateurs sociaux du Contrat de Plan Etat/Région occupent une fonction d’encadrement, de tuteur, voire de formateur auprès des emplois-jeunes. 20 % du temps du médiateur peut-être consacré au suivi et à l’encadrement du dispositif «Nouveaux services - emploi-jeune».
La mise en place du dispositif de médiation sociale a
permis d’enclencher une réflexion, tant dans le champ de l’animation que, de façon plus limitée, dans ceux du travail
social et de l’insertion. Cette réflexion porte sur les
nouvelles lectures des processus de socialisation de la jeunesse et sur les
évolutions des principes d’intervention et des logiques d’action à
apporter. Outre la dimension de proximité, d’aller-vers
eux, et de sortir d’une logique d’offre, ces réponses prennent en
compte la dimension du territoire et
du développement local. La médiation
sociale introduit donc bien un mode spécifique d’intervention généralisé,
mode qu’avait introduit la Prévention spécialisée dans les territoires
urbains auprès de jeunes marginaux.
La
réalité sociale des divers territoires indique des besoins encore non
satisfaits (en particulier dans les territoires ruraux) que l’implantation des
postes a permis d’identifier. La médiation sociale apparaît comme une fonction à développer au
sein de chacun de ces territoires. L’analyse du dispositif de médiation
sociale a pointé l’aspect
multidimensionnel et complexe des actions menées par les médiateurs
sociaux.
Il
s’agit de contribuer à l’accès, au maintien des jeunes dans certaines
institutions ou de créer les conditions pour l’amélioration des relations
entre les jeunes et les institutions repérées sur les territoires. Ce qui se
traduit par les missions suivantes :
·
Médiation entre jeunes et école,
·
Entre jeunes et structures d’animation,
·
Entre jeunes et structures d’insertion
sociale et professionnelle
·
Ecoute
et accompagnement social (tutorat)
dans le parcours d’insertion.
Voici
l’énoncé des champs d’interventions et des actions menées par les médiateurs :
·
La
présence sociale, écoute, accompagnement
C’est
la fonction de base sans laquelle le médiateur sort de la définition de médiation
sociale. Cette fonction première s’articule avec divers champs
d’intervention. Dans certains cas, en particulier les communes, la commande
sociale sur cette présence sociale peut être explicite et orientée sur une
dimension sécuritaire de présence
dissuasive. A noter, que l’on peut identifier une fonction d’observation, d’information, avancée par les maires
des communes comme étant une fonction appréciée de la médiation sociale. Les
maires savent ce qui se passe sur leur commune de façon continue. Le médiateur
social permet une connaissance sur le climat social et relationnel présent sur
le territoire …
·
Champ
de l’animation
C’est
le champ d’intervention d’origine de l’implantation du dispositif. Il est
souvent fait état que l’animateur-médiateur n’a
pas vocation de proposer des activités, mais de mettre en relation l’offre d’animation identifiée sur le
territoire avec la demande des jeunes. Dans cette première approche,
l’animation reste attachée à sa définition traditionnelle d’activité de loisirs,
d’animation sportive, … et dans certaines situations d’activités
scolaires ou péri-scolaires. De façon générale, la médiation sociale
supporte ou accélère la mise en place d’une politique de la jeunesse.
Une
seconde approche définit ou fait évoluer la fonction de l’animateur-médiateur
vers l’émergence, l’aide et
l’accompagnement de projets. Se développent ici des compétences d’ingénierie
de projets, associées à une bonne connaissance des jeunes et de l’expression
de leur demande. Cette fonction marque une forte tendance déjà présente dans
le champ de l’Education Populaire.
Ces
fonctions d’animateur-médiateur peuvent alors évoluer vers des fonctions de
chef de projet (politique de la ville), de développement
local (en milieu rural), de coordinateur sur des approches plus
circonscrites (au sein d’une association).
·
Champ
de l’insertion sociale et professionnelle
C’est
un champ plus ou moins investi par la majorité des postes, mais qui pour
certains représente une entrée privilégiée. Cette dimension de l’insertion
est inscrite dans la définition initiale de la médiation sociale.
Autour
de ce noyau central que représente la question de l’emploi et de la
formation, d’autres dimensions de l’insertion sont prises en compte afin de
mettre en cohérence une approche globale des jeunes. Ainsi, on peut repérer
les dimensions de la santé, du logement,
et de façon plus affirmée dans certaines associations d’éducation
populaire, la dimension de la citoyenneté ;
cette dernière étant déclinée à partir d’une approche plus
explicitement éducative (éducation à la citoyenneté) qu’animative …
La
population visée est d’abord dans son ensemble la population « jeunes »,
même dans les cas où la médiation s’adresse à des populations plus larges.
Cette catégorie peut dans certains projets être affinée à partir d’un
diagnostic initial, selon des critères d’âge (des préados aux
jeunes-adultes), de difficultés sociales, afin de cibler une population. En général,
les jeunes dits en difficulté représentent le public concerné (références
aux catégories construites par des sociologues comme Olivier GALLAND)[10].
La
famille constitue l'une des cibles
souvent citées, quelquefois de façon plus centrale. Il s’agit de travailler
la dimension intergénérationnelle
de la médiation sociale. Dans certains cas, la cible est précisée comme les pères
étrangers par exemple.
La
mise en place d’un dispositif de
formation des médiateurs sociaux a contribué à une réflexion sur la
fonction elle-même. En effet, cette formation a apporté aux professionnels en
poste la possibilité d’ajuster, d’adapter, d’élaborer les fonctions et
les logiques d’action, et de définir le projet et le profil du poste lorsque
celui-ci comportait des zones d’imprécision. Par ailleurs, la mise en place
d’un réseau plus formel des médiateurs,
prévue initialement, n’a pas pu, faute de disponibilité, se tisser au plan régional.
Pourtant des relations informelles permettent aux professionnels en poste
d’identifier des dynamiques locales.
Aujourd’hui,
la formation à la fonction de médiation sociale est à développer
durablement dans les territoires auprès
de tous les acteurs professionnels qui mettent en œuvre les principes
d’action de la médiation sociale, et non plus exclusivement auprès des
postes repérés tels.
En
effet, l’intérêt de cette formation est de prolonger la réflexion engagée
dans l’évolution des compétences et
des processus de professionnalisation des acteurs de la jeunesse ; en
particulier sur le développement des méthodologies d’accompagnement de
projet et de travail en réseau. Le travail réalisé dans le cadre du schéma régional
des formations sociales, à l’initiative de la DRASS, a permis de pointer la
présence de nouveaux modes d’approche dans les intervention sociales[11],
et de prendre en compte l’expérience régionale réalisée à l’initiative
du FONJEP. Cette situation crée en Bourgogne des conditions propices au développement
concerté de la Médiation sociale entre le Ministère de l’Emploi et de la
Solidarité et celui de la Jeunesse et des Sports. La reconnaissance des compétences
de médiation sociale pourrait être inscrite au sein des formations
qualifiantes reconnues par ces ministères (ES, ASS, BEATEP, DEFA, etc).
3 – Conclusion…
En
bref, une typologie des postes de médiateurs
sociaux a permis de pointer le fait
qu’un tiers des postes n’entrait pas dans la définition initiale de la médiation
sociale, qu’un tiers répondait à cette définition, et qu’un dernier se définissait
dans une dynamique interactive (définissant un espace plus flou entre les
ressources du territoire, la qualité du projet et les compétences du médiateur[12]).
Les effets de ce dispositif sont
nombreux. Ils peuvent être pointés sur une meilleure connaissance des jeunes
et des familles, sur le partenariat et le travail de réseau plus efficient (en
particulier avec l’Education Nationale). Un des acquis est la meilleure
perception des élus, vis-à-vis de l’activité du médiateur, mais également
des populations et de ce qui se passe sur le quartier… Ainsi la médiation
contribue, pour l’élu, à une meilleure identification des problématiques
sur un territoire.
Pour
les associations d’Education Populaire,
le développement de la médiation sociale a un
effet interne sur les pratiques et les modes d’intervention. Elle
contribue au renouvellement et à l’approfondissement du concept et des
pratiques de l’Education Populaire. Globalement la médiation contribue à la définition
des politiques locales de la jeunesse.
Les
besoins sociaux repérés sur les divers sites d’implantation des médiateurs
sociaux justifient le renforcement de réponses à apporter en direction de la jeunesse.
En conséquence, il apparaît important de continuer l’effort engagé, en
particulier auprès des jeunes les plus en situation de décrochage social, selon
les principes de proximité évoqués.
En
conséquence, un effort de formation à la fonction de médiation sociale pour
l’ensemble des professionnels de la jeunesse apparaît nécessaire. Après
la création de postes de médiateurs sociaux, il s’agit en effet
aujourd’hui d’étendre, de généraliser les principes et les modes
d’intervention de la fonction de médiation sociale dans les pratiques des
professions sociales, éducatives, d’animation et d’insertion.
Sur
ces bases, des pistes de développement et
propositions d’actions de formation ont été formulées dans le cadre du
CPER 2000-2006 (actions modulaires ouvertes aux acteurs, y compris les
emplois-jeunes, ou selon une procédure d’accompagnement sur site, ouvertes
aux équipes–projet identifiées
sur les territoires, actions de formation et d’accompagnement en direction des
fonctions d’encadrement).
Si
la médiation sociale, telle qu’elle s’est implantée en Bourgogne, a suscité
des questionnements de la part des professionnels du secteur social et médico-social,
il n’en demeure pas moins que cette expérimentation a ouvert des
perspectives, afin de poser sur l’ensemble du territoire régional la question
de l’adaptation des politiques
territoriales de la jeunesse en direction des jeunes bourguignons…
BONDU Dominique, TRUCHOT Didier - La Bourgogne au miroir de ses jeunes en difficulté. Pour un observatoire de la demande sociale – FONJEP - INJEP – 1993
BONDU Dominique - Face au vide : des
pratiques de médiation sociale auprès des jeunes. Une analyse de
17 expériences en Bourgogne (extraits du rapport d’étude) - IFPTS –
FONJEP Novembre 1995 - (préparation du colloque)
BONDU Dominique - Nouvelles pratiques de médiation sociale - Jeunes en difficultés et travailleurs sociaux - Collection Actions sociales/société – ESF 1998.
DESOCHE Bernard - Médiateur Social – Neuf
vues bourguignonnes - Rapport CNAM FFPS/Est 1998
JACQUINET Jean-Claude – Evaluation du
dispositif de médiation sociale en Bourgogne. DRDJS/CREAI. Mars 2000.
[1] AUTES Michel. Les territoires politiques de l’action sociale. In Les institutions face au débordement du social. Informations sociales n° 76 – 1999 p 94-103
[2] AUTES Michel Ibid-cit p 97-98
[3] Dictionnaire critique d’action sociale. Sous la direction de JY BARREYRE, B BOUQUET, A CHANTEAU, P LASSUS. Bayard Editions. 1995. P 237 et suivantes.
[4] Un travail de recension effectué en 1995 montre plus de quarante appellations différentes pour qualifier la médiation … et en propose huit : la médiation administrative, culturelle, en entreprise, familiale, pénale, de proximité, scolaire, sociale (in Dictionnaire critique d’action sociale op-cit p 239).
[5] FONJEP : Fonds de coopération de la Jeunesse et de l’Education Populaire, dont la commission régionale était à cette époque présidée par Henri BLANC, délégué régional de la FRMJC et coordinateur qui a impulsé avec le CRAJEP la démarche.
[6] Conseil régional, Etat, SGAR, équipe de formateurs, ainsi que deux rencontres sur site d’employeurs et de médiateurs sociaux en poste.
[7] Voir PASSERON JC «Attention aux excès de vitesse, le «nouveau» comme concept sociologique». Esprit 4/1987 p 129-134. Cet auteur critique l’utilisation abusive de cette notion de nouveauté. «Un constat de nouveauté, cela se manie, dans les sciences sociales, avec des pincettes ou avec une longue cuillère» affirme-t-il, non sans humour ! …[8] Lors des entretiens des acteurs de terrain, il apparaît que les positionnements réciproques des acteurs de la médiation sociale et ceux de la Prévention Spécialisée avaient évolué, au cours de la mise en œuvre du dispositif, vers une reconnaissance des fonctions, un partage des missions et leur possible articulation. Cette question mériterait pourtant quelques éclairages …
[9]
Il conviendrait de faire ici une distinction entre deux approches de
la présence de proximité : la présence sociale qu’assurent certains de ces « emplois-jeunes »,
et une présence dissuasive qui
se développe dans une définition plus sécuritaire de la mission …
Voir : Les agents locaux de médiation sociale (AMLS)
sur le fil du rasoir. Forum français pour la sécurité urbaine. Février
1999.
[10]
O. GALLAND définit trois catégorie de jeunes :
a) Les
Jeunes de la « Galère ».
b) Les
jeunes en voie de rupture susceptibles de réinvestir un parcours
d’insertion.
c) Les
jeunes qui rencontrent de réelles difficultés mais qui sont capables
d’exercer une réelle autonomie.
[11] JACQUINET JC. « Schéma régional des formations sociales » BI CREAI N° 195, Juillet 2000, p 5 à 26.
[12] L’espace de cet article de permet pas de présenter plus précisément cette typologie. Voir rapport d’étude CREAI - Mars 2000.