Rapport d'activité 2017 du CREAI

 

Jamais l’humanité n’a changé aussi vite !

Cette évolution inéluctable de nos civilisations nous interpelle sur nos organisations issues du compromis social de 1945.  Elle se rapproche d’une organisation plus anglo-saxonne de la société reposant sur l’individu, l’entreprise et la centralité.


Intéressons-nous à l’individu tout d’abord.


Cette révolution de l’individualisme a commencé dans les années 1960 (découverte de l’individu dans les recherches, place de la femme, Vatican 2, Mai 68, reconnaissance des différences sexuelles, droit de l’enfant, lois Auroux…) et depuis, elle traverse tous nos débats entre le courant où le collectif prime et celui où l’individu prime ; entre les droits acquis et les évolutions ; entre les pratiques au nom des personnes et les pratiques en réponse à leurs besoins, …

Nous nous situons clairement, depuis toujours, dans la recherche d’émancipation et d’autodétermination des personnes, d’actions contre leur exploitation ou aliénation et quand je dis « personnes » je pense à tous les citoyennes et citoyens, quels que soient leur situation, différences, origines, croyances ou sexe.

C’est en cela que cette évolution, si nous savons l’accompagner, est essentielle pour les personnes en situation de vulnérabilité, mais avec la volonté de justice sociale pour lutter contre les inégalités potentielles.


Je rêve de cette société du bonheur où chacune et chacun a les mêmes droits et les mêmes devoirs, où le respect est le fondement de la reconnaissance de la dignité des personnes et le fer de lance de leur participation à la vie collective et citoyenne.

Nous avions, j’avais pris, l’habitude de penser pour les individus... C’est ainsi que nous rédigions des textes, réalisions des actions et des études (travail sur la VAE, la VAS, la protection de l’enfance, l’autisme et la formation et l’insertion des jeunes handicapés de plus de 16 ans…) avec cette ferme intention d’agir pour le bien des personnes en situation de vulnérabilité… et nous avons fait des choses merveilleuses, utiles et fondamentales pour leur épanouissement dans la société.


Et aujourd’hui, nous sommes rattrapés à la fois par des remerciements que nous méritons mais surtout par les interpellations que ces personnes nous lancent sur la réponse à leurs besoins.
Et oui première évolution : fini l’utilisation du mot « exclusion » qui caractérisait des situations, pour passer à celui d’« inclusion »… Mais cela ne peut être « inclusion » dans les structures habituelles mais « l’inclusion » dans la vie quotidienne de tout un chacun…


Inclusion de tous dans la formation initiale et continue (à tous les niveaux bien sûr, de la maternelle au doctorat), inclusion dans le logement, inclusion dans l’emploi et dans le monde de l’entreprise, inclusion dans le monde de la culture et du sport, inclusion dans la gouvernance des associations, inclusion dans la vie citoyenne, politique et sociale…


Nous avons encore du chemin à faire.

Ce que je retire de l’expérience de Longvic sur le « Territoire zéro Chômeurs » à laquelle j’ai participé, est cette capacité à retrouver l’écoute, simplement l’écoute, des personnes sur leurs demandes et ainsi apprendre à construire à partir de leurs souhaits une ou des réponses adaptées. Qu’est que cela fait du bien ! Cela nous réapprend l’humilité et la connivence avec la personne. Cela nous enrichit et nous dit que chaque personne aspire à se voir reconnaître ses droits.


Souvent la réponse n’est pas simple. Il est fini le temps des propos du type : « N’ayez aucune crainte j’ai la solution à vos problèmes, telle structure ou telle autre va vous prendre en charge », alors même que la structure en question n’a pas le temps, pas de places, pas les moyens… et ainsi se construit une société du ressenti, de la frustration et de l’affrontement entraînant des replis ou des tendances populistes en réaction.


Le CREAI Bourgogne Franche-Comté grâce à sa directrice, ses conseillères techniques et son pôle administratif s’est inscrit dans ce nouveau paradigme et veut accompagner pleinement cette évolution.


Nous serons là pour apporter nos compétences, nos savoir-faire, nos recherches dans cette mutation du secteur social, médico-social et sanitaire…


Aussi, voici nos pistes de réflexion actuelles :


  - la première réside dans l’ouverture du Conseil d’Administration à des personnes en situation de vulnérabilité
  - la deuxième dans l’organisation de partenariats entre différentes structures dont l’ORS, l’IREPS, l’URIOPSS, la MSH,...
- la troisième est le développement de notre cluster social médico-social et sanitaire… Nous projetons de l’ouvrir à toutes celles et ceux qui veulent y participer
- le CREAI doit aussi s’inscrire pleinement dans l’inclusion par la formation permanente et l’emploi pour les personnes vulnérables. A partir de notre expérience de pilotage du dispositif ACCESS’VAE, allons plus loin dans la connaissance de l’inclusion dans le monde l’entreprise… Il y a là des partenariats à favoriser, des formations et des études à réaliser
-  l’accueil des migrants doit aussi faire partie de nos champs d’intervention et surtout des jeunes migrants avec la question de leur devenir après leur 18 ans
- la protection de l’enfance est également un enjeu de ces mutations. Nous sommes prêts à former les personnels des Conseils Départementaux à l’utilisation d’une méthodologie commune d’évaluation des situations des enfants et de leurs familles… Quelle belle réalisation que cette formation dans la Nièvre ! Nous pourrions proposer cette formation aux Conseils Départementaux du Territoire de Belfort et de la Côte-d’Or
- et puis, il nous faut continuer notre veille prospective sur les évolutions potentielles dans les années à venir. Ainsi, je pense que nous pourrions travailler davantage en partenariat avec l’université…
-  L’accueil des personnes dépendantes dans des établissements dignes de ce nom
- La formation des bénévoles aux évolutions (comme avec la CFDT retraités, les Conseils d’Administration,…)

Voilà quelques pistes non exhaustives. Ce qui ne nous empêchera pas d’être auprès de nos interlocuteurs de la puissance publique un « lieu tiers » qui fera remonter les difficultés rencontrées, les attentes, la priorisation des choix stratégiques du vivre ensemble….


Ainsi le CREAI confirmera son rôle de lieu d’écoute, de partenariat, de construction des solidarités et de défense des individus vulnérables, à partir de leur parole.


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